RETRAITES
Contre-vérités !
Les chiffres fantaisistes sont avancés pour essayer de montrer qu’il y aurait une amplification de la croissance de l’espérance de vie qui rendrait indispensable de travailler plus longtemps. Ainsi, le secrétaire général de l’UMP, Xavier Bertrand, affirme que « Quand la retraite a été mise en place à 60 ans, avec application en 1982, vous aviez au moment où vous partiez en retraite dix ans d’espérance de vie. Aujourd’hui quand vous prenez votre retraite à 60 ans, vous avez vingt deux ans d’espérance de vie ».
Tout d’abord, le chiffre cité pour la période actuelle ne concerne que les hommes (21,7ans), l’espérance de vie à 60 ans étant de 27ans pour les femmes. Mais surtout,l’espérance de vie à 60 ans n’était pas de 10ans en 1980, mais de 17,3 ans pour les hommes et de 22,4 ans pour les femmes.L’espérance de vie en 30 ans n’a donc pas progressé de 10 ans, mais de 4,6 ans chez les femmes et de 4,9 ans chez les hommes. Un rythme sans rapport avec celui évoqué par Xavier Bertrand.
Le Medef n’est pas en reste dans le traficotage des chiffres. Il affirme ainsi que l’espérance de vie à 60 ans augmenterait d’un trimestre paran. Or, entre 2000 et 2010, elle a augmenté de1,5 an, soit 0,6 trimestre par an et encore moins dans la décennie précédente.
Le Conseil d’orientation des retraites (COR) a d’ailleurs récemment montré que l’allongement de l’espérance de vie accroîtrait le nombre de retraités de façon relativement modeste, 3 % à l’horizon 2020 et 17 % à l’horizon 2050. Rien donc qui ne peut être collectivement maîtrisé.De plus, si le nombre de retraités croît jusqu’en 2035 à cause du départ à la retraite des générations du baby-boom, il décroît parla suite car les générations suivantes sont moins nombreuses.

Travailler moins, c’est possible !

 Le gouvernement argue du fait que l’âge moyen de liquidation de la retraite est de 61,5 ans pour justifier un report de l’âge légal au-delà de 60 ans. C’est confondre, volontairement, âge de liquidation de la retraite et âge de cessation d’activité. En effet, ce dernier est de 59 ans en moyenne et 6 salariés sur 10 sont hors emploi (chômage,invalidité, inactivité ou dispensé de recherche d’emploi) au moment de liquider leur retraite. Ainsi, très souvent, les salariés ayant eu une carrière courte et heurtée, en particulier les femmes, liquident leur retraite à 65 ans pour pouvoir bénéficier d’une retraite à taux plein sans décote, alors même qu’ils sont déjà hors du marché du travail. Or, reporter l’âge légal de la retraite au-delà de 60 ans aurait aussi pour conséquence de se débarrasser de la borne des 65 ans qui permet de partir sans décote et qui serait reculée d’autant.
On mesure donc l’hypocrisie qu’il y a à vouloir reporter l’âge légal de départ à la retraite ou à augmenter la durée de cotisation, car, au vu de l’état du marché du travail, il sera de plus en plus difficile de réunir les annuités requises pour avoir une pension à taux plein, les entreprises se débarrassant de leurs salariés avant 60 ans. De plus, les jeunes entrent de plus en plus tard dans la vie active et de nombreux salariés, dont une majorité de femmes, ont des carrières discontinues et n’arrivent déjà pas à réunir le nombre d’annuités demandé.
Hypocrite encore, car vouloir faire travailler les salariés plus longtemps revient aussi à rompre le contrat entre générations. Car la solidarité intergénérationnelle a deux faces. Si les actifs paient les pensions des retraités, en contrepartie, les salariés âgés laissent leur place sur le marché du travail aux nouvelles générations. Cette exigence est d'autant plus forte que le chômage de masse perdure.Décaler l'âge de départ à la retraite revient à préférer entretenir le chômage des jeunes plutôt que de payer des retraites.La retraite par répartition repose sur un double contrat implicite. Le travail fourni par la génération qui part à la retraite bénéficie à la génération suivante et cette dernière prend en charge les retraités.Ainsi chaque génération monte sur les épaules de la précédente et la création de richesse est partagée entre actifs et retraités. C’est ce contrat intergénérationnel que le gouvernement et le patronat tentent de détruire en voulant faire travailler plus longtemps les générations les plus jeunes.
Ce contrat intergénérationnel doit d’autant plus perdurer que les besoins de financement ne sont pas faramineux. Le rapport du Conseil d’orientation des retraites (COR) de 2007 indique ainsi qu’il faudrait, à législation constante, 1 point de PIB à l’horizon 2007 et 1,7 point à l’horizon2040. Rien qui ne peut être comblé quand on sait que 1 point de PIB représentait 10 % des dividendes versés aux actionnaires des sociétés non financières en 2007 et que la part des dividendes dans le PIB est passée de 3,2 % en 1982 à 8,5 % en 2007. Des marges de manoeuvre existent donc pour financer les retraites.
Mais surtout est-ce que travailler plus longtemps est une solution acceptable alors que les conditions de travail se détériorent, que la souffrance au travail se développe et que de nouvelles pathologies apparaissent ? Disons le tout net, alors que la productivité du travail ne cesse de progresser, il faut travailler non pas plus, mais moins !

Le 23 mars,en grève,dans la rue,pourle pouvoir d’achat,l’emploi,les retraites !
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